vendredi 7 août 2009

Renaud Gignac / Chine

Renaud Gignac
Chine
6 août 2009

Après deux mois passés en Chine, me voilà au dernier jour de mon voyage. Je repars demain matin ! J’arrive à peine à croire que dans 10 jours je serai de retour sur les bancs d’école…

Que retenir de ce voyage ? Difficile à dire.

Difficile parce qu’il y a trop. Trop de nouveautés, de nouvelles perspectives, pour pouvoir dresser une liste des apprentissages reçus. Tenter cela serait une tâche fortuite.

On se laisse imprégner de la Chine et elle nous change toute seule, tranquillement, au fil des jours où on y vit.

Elle nous laisse apprécier les contrastes de la condition humaine, où richissimes entrepreneurs passent en Jaguar devant de modestes vendeurs de légumes et autres commerçants ambulants.

Elle nous fait rencontrer des citadins curieux de voir passer des étrangers et heureux de nous saluer et de nous renseigner.

Elle nous montre les clivages générationnels entre des jeunes qui carburent aux nouvelles technologies et leurs parents, souvent incrédules, qui y voient même parfois une pathologie nouvelle, la « dépendance à l’internet ».

Et surtout, en ce qui me concerne, la Chine m’a ouvert les yeux sur une nouvelle façon d’envisager la politique. Au pouvoir, un seul parti, le Parti communiste chinois, le même depuis 1949.

Ici, les débats sur les choix de société ont lieu non pas entre le parti au pouvoir et les partis d’opposition, comme chez nous, mais plutôt au sein même du parti et dans les limites du cadre établi par le « socialisme aux caractéristiques chinoises ». Au Grand Palais du peuple de Beijing, l’équivalent chinois de notre Parlement, les sièges des représentants du peuple ne sont pas tournés les uns contre les autres dans une posture de confrontation, mais sont tous tournés dans la même direction, symbole d’unité.

L’un des postulats de nos systèmes politiques occidentaux, le « fait du pluralisme », est absent de la pensée politique chinoise.

À l’Ouest, nous acceptons comme réalité inéluctable que les individus de la société, de par leur appartenance à des groupes ethniques et religieux multiples, aient nécessairement des visions divergentes de la « bonne vie ». Nous mettons donc en place des mécanismes pour faire en sorte que toutes les visions puissent être entendues et que chaque individu puisse vivre librement la vie qui lui semble bonne. Nos Chartes des droits et libertés sont des exemples de ces mécanismes. « Votre liberté s’arrête ou celle des autres commence », dit-on.

La Chine est tout le contraire. Ici, le système politique idéal est celui qui permet de réaliser l’« harmonie ». Ici, les divergences d’opinion sont perçues comme un manque d’harmonie, un désordre. Le rôle du gouvernement est de promouvoir une vision uniforme de la « bonne vie » et d’amener les différents groupes de la société à embrasser cette vision. Cela se fait tantôt par la persuasion, tantôt par la coercition.

Différentes mesures mises en place par le gouvernement chinois pour atteindre l’« harmonie », nous paraissent évidemment contraires aux droits de la personne. « Quel mépris de la dignité humaine ! » s’exclame-t-on. Mais est-ce là un réflexe partagé par une majorité de Chinois? Et si la Déclaration universelle des droits de l’Homme n’était pas réellement universelle ?

Une réflexion à poursuivre… la Chine m’habitera encore longtemps.

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