vendredi 25 juin 2010

Amélie St-Amant / Togo

Salut à tous,

Comment allez-vous?
Bon, j’ai l’impression que plus le temps passe, moins mes massmails
sont fréquents. J’imagine que c’est l’adaptation culturelle qui fait
que je passe pas mal moins de temps à penser, à analyser tout ce qui
est nouveau autour de moi, à me sentir seule… C’est aussi probablement
parce qu’il ne me reste tellement pu de temps et quand même assez de
boulot que je préfère consacrer mon temps libre à ma famille et amis
ici.
Mais bon, je vous envoie un petit message pour vous dire que je pense
à vous et que je suis toujours en vie et en santé. Comme on dit, pas
de nouvelles, bonne nouvelle!

Je quitte Sotouboua dans 4 jours. Vous savez comme je suis : « un peu
» émotive, qui s’attache « un peu » rapidement au gens… et bien
j’appréhende déjà depuis quelques semaines le moment des au revoirs…
mais là ça arrive très très vite. Même ma mère quitte pour Sokodé
mardi soir, alors l’au revoir est très bientôt! Je me suis tellement
habituée rapidement à cette petite ville et à son rythme de vie.
Malgré toutes les choses que j’ai pu vous écrire, j’exagérais toujours
un peu pour romancer mes messages, mais j’ai adopté Sotouboua plutôt
rapidement. Je ne peux pas concevoir que je ne reviendrai jamais ici,
revoir tous ceux avec qui j’ai travaillé, revoir les enfants que l’on
parraine qui vont avoir évolué dans leur cheminement scolaire, revoir
ma famille, mes petites sœurs qui auront grandi, etc. Mais je ne fais
pas de promesses que je ne peux pas tenir. Quand bien même je vais
essayer d’aider SADIL – Togo à distance depuis le Canada, je ne peux
pas garantir que je vais revenir un jour.

Il ne faut pas me trouver freak de penser à revenir et tout et tout…
mais comme je vous avais déjà écrit, j’ai vraiment trouvé ma voie dans
le développement international, ce qui me ramènera forcément un jour
en Afrique, donc pourquoi pas au Togo. Il y a bien d’autres choses que
le travail qui me font croire que je reviendrai prochainement en
Afrique, mais ça serait trop long à mettre par écrit.

Comme il ne me reste que 4 dodos à Sotouboua et que le temps me manque
un peu pour écrire, je m’excuse de ne pas répondre aux messages persos
que vous m’avez envoyé depuis les 2 dernières semaines. Je serai à
Lomé de jeudi à dimanche, où j’essaierai de prendre plus de temps pour
Internet. Dimanche le 20, je quitte pour une semaine au Ghana, puis je
prends mon avion depuis Accra le 27 juin jusqu’à Amsterdam où je
passerai une semaine. Je serai donc vraiment de retour au Canada le 5
juillet…. Mais pour une très brève période de temps puisque je pars en
camp scout le 10 juillet pour 3 semaines. Donc pour ceux qui sont à
Québec entre le 5 et le 10 juillet, il faut me faire signe. Pour ceux
qui sont hors Québec city, on se donne plutôt RDV au mois d’août je
crois!

D’ici là, je vous promets un prochain massmail avec plus d’info, mais
je vais vous faire part des éléments importants des dernières
semaines.
- J’ai passé quelques jours à travailler dans les villages en-dehors
de Sotouboua. Très challengeant. Je bénie les professeurs patients qui
m’ont aidé à visiter les familles car ça ne parle pas vraiment
français là-bas. Pas d’électricité non plus… ce qui veut dire pas de
ventilo, ce qui veut dire « il fait chaud la nuit! », mais ce n’était
pas si pire!
- J’ai gagné un pot de beurre de peanut des Etats-Unis pour avoir
traduit les conférences de la sœur médecin de mon ami corps de la paix
américan. C’était plutôt intéressant lorsqu’on s’adressait à une
clientèle composée principalement de mère de famille et que je
traduisais d’anglais à français et que le directeur du dispensaire
traduisait par la suite de français à Kabié… haha! Mais la 2e
conférence était devant les élèves de l’école, donc on s’en est tenu
au français.
- Je me suis gâtée un long week-end de tourisme au Nord. Je me suis
rendue à Dapaong où j’ai profité de mon réseau de contact des corps de
la paix américain pour loger dans leur jolie maison de transit où j’ai
même pu écouter Avatar sur écran géant (projecteur sur le mur), ce
n’était pas Imax, mais ce fut quand même impressionnant considérant le
fait que j’étais encore au Togo! J’ai ensuite descendu jusqu’à Mango
où j’ai vu des hippopotames sauvages, puis à Kanté où j’ai visité le
pays de Tamberma (fait partie de l’UNESCO… des maisons en terre battue
qui sont comme des petits châteaux) et me suis brûlée sur le truc
d’échappement de la moto. J’ai aussi visité Kara où j’ai retrouvé 2
amis québécois et 1 ami d’AIESEC Université de Kara, puis je me suis
rendue à Bafilo avec les québécois où on a pu monter en haut d’une
cascade et voir des singes sauvages.
- Retour à Sotoboua avec mes 2 amis québécois qui m’ont aidé pour
quelques jours dans mon travail. Ayant l’habitude de vivre en hôtel
depuis le début de leur voyage, je crois que leur séjour chez moi a
été plutôt challengeant, mais on a tout de même eu ben du fun. J’ai
été surprise de constater que mes amis togolais me comprenaient
presque lorsque je parlais avec les québécois. Je me suis dit qu’ils
se sont soient habitués à mon accent, ou bien je me suis moi-même
adaptée au leur, ou un mix des 2.
- Je me suis faite tressée toute la tête. Je ne sais pas trop si je
vais endurer ça longtemps… Mon objectif serait de les avoir jusqu’à
mon retour au Canada, mais je risque d’abandonner avant! C’est lourd
et c’est difficile de dormir avec ça!
- Il y a 3 nouveaux Yovos qui ont débarqué à Sotouboua… encore des
Américains, mais ne font pas partis du programme des « Peace Corps ».
Ils sont seulement là pour 9 semaines, un peu comme moi. On s’est fait
une petite soirée Yovo avec un des Peace Corps lors du match de
football USA-Angleterre. Vous devinez que j’ai pas eu trop le choix de
supporter nos voisins du Sud… haha!
- Hier après-midi c’était mon party de départ de Sotouboua… Ça l’a
ressemblé à un open-house pour enfant dans ma cours. Une amie avait
négocié avec un ami qui fait la business de sonorisation de venir avec
ses gros speakers, donc tout le voisinage savait qu’il y avait la
fête. Donc, tous les enfants de la rue qui sont toujours tout nu et me
crie « Ansey, yovo, yovo… » sont allés mettre leur plus beaux habits
pour venir danser. Ils étaient gênés de rentrer, ils attendaient à la
porte en espérant que je les laisse rentrer. Mais à un certain point,
tout le monde entrait et sortait sans autorisation… Je ne connaissais
pas la moitié des gens qui était là! Je leur ai cuisiné des crêpes et
la boisson locale. C’était pas immense par rapport aux fêtes
togolaises habituelles, mais bon, les enfants se sont bien amusés au
moins et j’ai pu discuter avec les personnes qui ont été importantes
pour moi!

Bon, j’aurais plein d’autres choses à dire, mais j’en garde pour vous
le raconter en tête à tête lors de mon arrivée. Mais je pense que mon
bref massmail n’est finalement pas si bref que ça… je risque donc de
vous écrire à nouveau seulement quand je serai au Ghana!

Bisouxxx à tous

Amé

Amélie St-Amant / Togo

Bonjour à tous,

Comment allez-vous? Je vous écris pour célébrer avec vous l’anniversaire de mes 2 mois au Togo. Aujourd’hui jour pour jour, ça fait 2 mois que j’ai atterri. Mais bon… on peut aussi dire qu’on célèbre ensemble la fête de Dollar ou de la reine, c’est comme vous voulez. Ou la Pantecôte aussi! Bref, célébrons!

Pour l’occasion, j’ai passé le week-end en Lomé… En fait, j’avais seulement besoin de retirer de l’argent, mais j’ai profité de l’occasion pour visiter un super marché, UN VRAI! Je capotais, c’était comme un fantasme de voir 1 allé de fruits-légumes dans des réfrigérateurs, des pommes, du yogourt, du chocolat, du beurre d’arachide, des chips, des jujubes… Oh my god! J’ai dévalisé l’épicerie… pour la modique somme de 20$ haha! Je crois que j’ai des provisions pour la fin de mon séjour au Togo. Je parle de provisions non nutritives! J’ai aussi mangé à l’occidental, soit 2 hamburgers en 2 jours… avec des frites! Haha! J’ai voyagé dans un autobus air climatisé entre Sotouboua et Lomé et, J’AI EU FROID! Pouvez-vous croire ça? J’ai été soulagé en débarquant de l’autobus et en retrouvant la chaleur de la soirée.

Sinon à Lomé, j’ai aussi expérimenté le grand marché… pas facile d’être blanche dans tout ça! Surtout que la période touristique commence, donc les marchands s’en prennent aux touristes. Des copines françaises m’ont racontées qu’elles ont même déclanché une bagarre. J’ai aussi passé la journée à la plage aujourd’hui. Il y avait un festival de la bière locale et des spectacles et promotions sur la bière… bien intéressant, et noir de monde! Oh mon dieu, quel mauvais jeu de mot! J’imagine que le soleil m’a affecté aujourd’hui.

Bon alors, questions d’être un peu originale dans ce message, je vais essayer de vous décrire une journée type de travail à Sotouboua :

- 5h45 : Jogging matinal avec mon t-shirt des Canadiens pour essayer de leur porter chance dans les séries éliminatoires… Mon petit 20 minutes de répit par jour

- 6h05 : Fin du 20 minutes de répit car au retour du jogging, c’est l’heure de pointe devant l’école secondaire ou des centaines d’élèves me saluent, me sourient ou me pointent du doigt en riant. Une blanche qui jogge, c’est une attraction! Haha! Back to the normal life d’une Yovo à Sotouboua!

- 8h : Début du service (service = travail). Travail à l’ordi pendant que mon collègue se tourne les pouces.

- 9h30 : Visite des enfants que SADIL – TOGO va parrainer l’année prochaine dans leur école. Les professeurs perdent toute l’attention des enfants à partir du moment où je mets les pieds dans la cour d’école. Les enfants me voient de loin et les quelques 100 élèves se mettre à crier à l’unisson : « Ansey, yovo, yovo! »

- 11h30 : Stratégies pour éviter que les enfants ne me suivent à la sortie de leurs cours lorsqu’on va chercher un enfant parrainé pour visiter sa famille. Je fais des détours avant de rattraper plus loin mon collègue et l’enfant en question. Mais rien à faire, même si l’enfant habite au fin fond de la brousse, il y a toujours une dizaine d’enfants inconnu qui nous suivent jusque dans sa maison!

- 13h : dîner et pause de soleil méritée après avoir parcourus de longues distances sous le soleil ardent pour rejoindre les écoles/familles des enfants. Donc, dîner avec ma famille où mes petites sœurs (et parfois même les voisins) trouvent toujours la nourriture beaucoup plus intéressante dans mon assiette que dans la leur (même si c’est la même chose!) et où je suis rendue accro au feuilleton indien de 13h40.

- 15h : retour au service et saisie de l’information et des photos récoltées dans la matinée. Re-tournage de pouces pour mon collègue lorsque je fais la mise en page des fiches descriptives des enfants.

- 17h : Reprise de l’étape de 11h30 à la sortie des classes

- 18h30 : Fin des visites de famille et chasse au coq. Mon cher Rico est rendu assez grand pour sauter la clôture en montant sur le puits, mais trop cave pour savoir qu’il ne sera pas capable de rentrer puisqu’il n’y a pas de puits pour l’aider de l’autre côté. Donc lorsque la nuit tombe, il faut le trouver qui rôde autour de la maison pour le faire rentrer…

- 19h : Retour à la famille pour aider, chiller, manger, laver les enfants et écouter le feuilleton brésilien auquel je suis aussi rendue accro.

Par la suite, si je n’ai pas d’invitations de sortie, je rentre vers 21h pour profiter de mon petit havre de tranquillité seule pour presque la première fois depuis la fin de mon jogging. J’écoute de la musique, je lis ou j’écris avant de me doucher avec mon seau et de dormir sous mon moustiquaire.

Voici donc à quoi ressemble ma vie togolaise!

Maintenant, d’autres éléments croustillants qui peuvent valoir la peine d’être racontés :

- Je me suis faite tressée à la Alicia Keys

- Je me suis aussi faite faire 2 robes africaines et 1 pagne pour moins de 15$

- J’ai peur de la sortie des classes des écoles primaires car ça signifie 150 enfants autour de moi qui me suivent peu importe ce que je fais comme s’ils attendaient que je sorte 150 surprises de mon sac, que je me mette à danser ou que je me transforme en princesse.

- Je terrorise le fils de ma couturière. Il se sauve en criant quand il me voit et s’il est sur le dos de sa mère, il enfonce son visage dans son dos si for que je doute qu’il puisse respirer. La semaine dernière, on a cheminé au moins 15 minutes comme ça. Pauvre enfant!

- Week-end touristique avec mon boss à Sokodé il y a 2 semaines. Même si on s’enguele tout le temps, on s’entend quand même bien…

- Mon appareil photo fascine les enfants. Ils s’en foutent de la photo en tant que tel, ils veulent juste se faire photographier et la voir à l’écran. Même réaction à tout coup : 1ere photo, ils ne sourient pas sur la photo, 2e photo, je leur demande de faire les fous, de sauter, etc. Ils commencent à rire comme des fous et les photos sont magnifiques! Après je leur montre et ils crient encore plus… voilà, c’est tout ce que ça prend pour amuser des enfants de 6 à 17 ans environ!

- Souper avec les Peace Corps américains samedi dernier. J’ai oublié que j’étais au Togo le temps d’une soirée : la plus belle maison que j’ai vue depuis mon arrivée (meublée contrairement à la mienne, mais pas surchargée comme celles des familles togolaises), riz au tofu et lait de coco délicieux où tout se mange et je n’ai pas à faire attention aux os, une partie de monopoly et surtout, pas besoin de faire attention à mon débit de paroles pour me faire comprendre!

- Je me suis fait demander par une togolaise si avec leur peau plus dure, ils seraient capables de survivre à l’hiver canadien sans manteau… haha! Je lui ai dit « bonne chance la grande! »

Avec tout ça, comme je vous ai introduit dans mon message, ça fait déjà 2 mois que je suis au Togo. Il ne me reste à peine plus d’un mois. Je capote comment ça passe vite. Le 2e mois, je ne l’ai pas vu passer. J’ose pas trop imaginer le 3e mois alors que ya encore trop de choses que je veux faire : aller au Nord, au Bénin et au Ghana…

La semaine prochaine, je vais aussi aller assister un des américains pour traduire une conférence d’anglais à français et dans 2 semaines, j’aura la visite d’un ami québécois qui va venir bénévoler quelques jours dans mon ONG. 1er Québécois en plus de 2 mois, mon flot de paroles va débouler… haha!

Plus je réalise que la fin approche, plus je réalise à quel point j’apprécie mon expérience. Je pense avoir trouvé ma voie dans le développement international, ce qui veut dire que je risque évidemment de revenir sur ce merveilleux continent tôt ou tard. Je trouve que 3 mois c’est si court, surtout quand je me compare aux américains qui sont ici pour 26 mois, mais ça l’aura été une belle introduction à l’Afrique.

Mais, je vous avertis, s’il y a un autre accident d’avion ici d’ici le 27 juin, je reste en Afrique ou je repars en bateau… haha!

Amé xxx

PS : Si certain d’entre vous désirent des correspondants togolais, faites-moi signe… je me le fais demander au moins 12 fois par semaine!